« Je suis allé seul voir Poutine » : Sadyr Japarov révèle des détails retentissants

« Je suis allé seul voir Poutine » : Sadyr Japarov révèle des détails retentissants

Asie centralequi devrait devenir la plus grande artère de transport « Chine—Kirghizistan—Ouzbékistan » Les processus diplomatiques à l’origine du lancement de la construction de la ligne ferroviaire ont été révélés.

Le président du Kirghizistan Sadyr Japarov a expliqué pour la première fois, dans une interview détaillée accordée au journaliste Ali Toktakunov, comment il avait personnellement négocié avec le président russe Vladimir Poutine et quelles conditions Pékin avait posées pour lancer ce mégaprojet.

« En êtes-vous capable ? » : une conversation tendue avec l’ambassadeur de Chine

Sadyr Japarov se souvient qu’à peine arrivé au pouvoir en 2020, il s’est attelé à la réalisation de ce projet resté sur le papier depuis l’éclatement de l’Union soviétique :

« J’ai convoqué dans mon bureau l’ambassadeur de Chine de l’époque, Du Dewen. Lorsque nous sommes restés seuls dans la pièce, je lui ai dit : “Commençons le projet. Préparons l’étude de faisabilité et convenons également des conditions avec l’Ouzbékistan.”

Mais l’ambassadeur m’a demandé directement : “Pouvez-vous vraiment commencer ? En avez-vous les moyens ?” Lorsque j’ai répondu que j’étais responsable de mon territoire, il m’a dit : “Si la Russie n’est pas d’accord, nous ne pourrons pas commencer cette construction. Vous êtes dans l’espace eurasiatique et vous êtes membre de l’OTSC.” »*.

Un vol spécial vers Moscou et l’accord de Poutine

Après cette position de la Chine, Japarov a immédiatement demandé à rencontrer le dirigeant russe :

« Dès le lendemain, Vladimir Poutine a accepté de me recevoir. Je me suis rendu seul à Moscou. Pendant 35 à 40 minutes, nous avons discuté précisément de ce sujet en face à face, très sérieusement.

Je lui ai expliqué : “Nous sommes coincés dans une impasse en matière de transport. Cette route nous est aussi nécessaire que l’air et l’eau ; c’est seulement ainsi que nous pourrons respirer librement.” Au final, j’ai obtenu l’accord de Poutine et, à mon retour, j’ai dit à nos partenaires chinois de commencer le travail. Il est naturel que les grandes puissances tiennent compte des points de vue les unes des autres. »

Le chemin de fer, un nouveau « Kumtor » et 500 millions de dollars de bénéfice net annuel

Le chef de l’État a souligné que ce mégaprojet était essentiel non seulement pour le transit international, mais aussi pour l’économie intérieure du pays :

  • Revenus nets : grâce au transit des marchandises via le Kirghizistan, le budget de l’État recevra chaque année 400 à 500 millions de dollars de bénéfice net ;

  • Une alternative aux ressources : « Un jour, la mine d’or de Kumtor s’épuisera. Ce chemin de fer deviendra notre nouveau “Kumtor”. C’est un projet qui servira pendant des millénaires » ;

  • La connectivité intérieure : Le pays sortira de son isolement en matière de transport : le déplacement des marchandises entre le nord (Bichkek) et le sud (Och, Jalal-Abad) deviendra nettement moins cher et plus rapide.

Délais de construction et financement

Selon Japarov, la panique artificiellement provoquée autour de la Chine par certains groupes et blogueurs influencés par des forces extérieures est infondée : les spécialistes retourneront dans leur pays une fois les travaux terminés.

Le coût financier du projet est estimé à environ 1 milliard de dollars :

  • si les investisseurs et les sources de financement internationales sont pleinement mobilisés, les travaux devraient être achevés entre 2032 et 2035 ;

  • si le pays agit uniquement par ses propres moyens, le processus pourrait se prolonger jusqu’en 2037.

Le président a souligné que cela nécessiterait encore des fonds considérables, évaluant les besoins à environ 1 milliard de dollars tout en précisant que ce chiffre restait pour l’instant approximatif.

De grandes attentes pour un projet reliant trois pays

Le chemin de fer Chine—Kirghizistan—Ouzbékistan est considéré comme l’un des plus grands projets d’infrastructure susceptibles de transformer la carte des transports de la région.

Les propos de Japarov montrent toutefois qu’au-delà des calculs économiques, de grands accords géopolitiques étaient également à l’œuvre.

Le point le plus marquant est le suivant : selon le dirigeant kirghiz, pour faire passer à l’étape concrète un projet discuté pendant des années, il a dû se rendre à Moscou après ses négociations avec Pékin et s’entretenir personnellement avec Vladimir Poutine.

La question principale est désormais différente : la construction sera-t-elle achevée dans les délais prévus et, comme l’affirme Japarov, le chemin de fer pourra-t-il réellement devenir un « nouveau Kumtor » pour le Kirghizistan ?

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